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Grandes manœuvres dans le secteur des essais cliniques

Mis à jour : 29 août 2019



L’éditeur de logiciels industriels Dassault Systèmes a annoncé en juin dernier son intention de racheter MediData, spécialiste des logiciels de suivi des essais cliniques. Une opération d’une ampleur considérable, qui pourrait marquer la naissance d’un nouveau poids lourd dans le secteur de la santé.


5,1 milliards d’euros. C’est la somme que Dassault Systèmes, spécialiste français du logiciel industriel, s’est dit prêt à débourser pour faire l’acquisition de Medidata, fleuron américain du logiciel de gestion des essais cliniques. Une opération présentée comme la plus grosse réalisée par Dassault Systèmes (3,5 milliards d’euros de chiffre d’affaire en 2018), et qui doit faire de l’entreprise tricolore un acteur qui compte dans le monde de la santé.

Dassault Systèmes n’est pas tout à fait un inconnu dans la recherche médicale : la firme réalise déjà « pas loin de 500 millions d’euros de revenus dans la santé », précisait son PDG Bernard Charlès, cité par les Echos, à l’occasion de l’annonce de l’acquisition. Ses activités dans le secteur vont de la conception de logiciels permettant modéliser le fonctionnement d’un cœur humain en trois dimensions à des contrats avec des laboratoires pharmaceutiques pour favoriser la recherche de nouveaux médicaments. Mais avec l’acquisition de Medidata, ce sont des perspectives bien plus importantes qui s’ouvrent pour le Français.


Un leader mondial


Car Medidata est le leader mondial du marché du logiciel de suivi des essais cliniques : il compte 1300 clients dans le monde, a des bureaux dans 16 pays et rassemble 2800 employés ou consultants, précise le communiqué de presse émis par les deux entreprises pour annoncer leur rapprochement. Ce document avance par ailleurs que « 13 des 15 médicaments les plus vendus en 2018 reposent sur la technologie de Medidata », qui compte parmi ses clients « 18 des 25 premières sociétés pharmaceutiques et 9 des 10 premiers organismes de recherche. »

« La position de leader de Medidata dans les essais cliniques complète nos solutions pour les sciences de la vie », a déclaré Bernard Charlès lors de l’annonce de l’acquisition, évoquant son intention de « servir de catalyseur pour la prochaine génération de thérapies incluant le patient », et plus largement de constituer « le moteur de la transformation de l’industrie des sciences de la vie ». Plus concrètement, l’acquisition de Medidata permet à Dassault Systèmes de gagner en notoriété dans un secteur de la santé considéré comme porteur. « Avec les essais cliniques, nous rentrons à l’hôpital », se réjouit Bernard Charlès dans les colonnes des Echos. « Des praticiens vont utiliser nos produits. Cela va nous donner de la visibilité. »


Une course d’obstacles


L’annonce du rapprochement entre Dassault Systèmes et Medidata n’est que la première d’une série d’étapes devant conduire à la fusion des deux entreprises. L’opération devait ensuite être approuvée par une assemblée générale extraordinaire des actionnaires de Medidata. Ce fut chose faite mi-août. Il reste maintenant à obtenir l’aval du Comité pour l’investissement étranger aux États-Unis, organisation interministérielle américaine chargée d’analyser les acquisitions d’entreprises de l’Oncle Sam par des compagnies étrangères. Ce dernier approuve généralement les opérations qui n’impliquent pas de pays sous sanctions économiques, mais le cas de Medidata relevant de la santé publique, on peut s’attendre à ce qu’une enquête approfondie soit effectuée. Dassault Systèmes déclare espérer finaliser l’acquisition dans le courant du quatrième trimestre 2019.

La soif de croissance affichée par Dassault Systèmes dans le secteur de la santé ne se limite d’ailleurs pas à l’acquisition de Medidata. Une petite semaine après avoir annoncé son offre gargantuesque en direction des États-Unis, l’éditeur dévoilait une opération de plus petite taille, mais relativement ambitieuse : une participation en tant qu’investisseur principal à la levée de fonds de 65 millions d’euros en faveur de la start-up française BioSerenity, spécialisée les technologies médicales de diagnostic et dans la télé-expertise. Le monde de la santé devra décidément désormais compter avec Dassault. ■


Adrien Renaud

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